vendredi 5 avril 2013

Sida et bipolarité : amis ou ennemis ?




Je tenais à vous en parler









Je voulais vous faire un résumé précis de l'article de Vincent Trybou -psychologue, psychothérapeute exercant au CTAH, Expert de la thérapie de groupe de psychoéducation, de TCC, du TOC et de la phobie sociale- mais c'est impossible.

Je vous recommande donc d'aller lire l'article, vraiment. Pour bien vous rendre compte de l'ampleur du problème.

Le Sida touche toutes les couches de la population, personne n'est à l'abri. En tout cas, toute personne prenant des risques .
Et ces prises de risques peuvent être aggraver par de la toxicomanie, l'alcool ou même la pauvreté.

On considère que les personnes souffrant de troubles psychiques sont des personnes à risque car leur trouble les pousse à avoir des comportements à risque, malgré elles, comme les drogues, la vitesse ou les relations sexuelles non protégées.
Un rapport de l'OMS (Organisation Mondiale de la Santé) le reconnait et s'en inquiète, en 2008.

Vincent Trybou a commencé à s'interroger sur la relation entre les maladies psychiques et le VIH en janvier 2009. 
En effet, dans son travail il voit de nombreuses personnes avec des pulsions sexuelles (avec ou non de prise de stupéfiant ou d'alcool) qui les mènent à avoir des rapports non protégés.
Ses prises de risques disparaissent avec un diagnostique et le bon traitement.

Suite à ce constat, il tente pendant 2 ans de joindre les différentes associations ou organismes de lutte contre le Sida. 
Durant 2 ans, il a essayé par tous les moyens de les contacter pour les informer, pour en discuter, pour travailler avec eux sur ce sujet.
Durant 2 ans, il a envoyé des mails, de la documentation, son livre. Il a téléphoné, a été aux conférences. Il a écrit des articles, il a travaillé sur les études.

Malgré cet acharnement pour faire prendre conscience que les personnes souffrant de troubles psychiques sont une des populations à risque, ces associations ont au mieux donnés des réponses polies mais sans suite, au pire fait de la négation de publication scientifique !
Aux quelques réponses ou entretiens qu'il a pu avoir, il lui a été dit que :
- Le trouble bipolaire était remis en cause par les psychiatres ! Qui peut se permettre de remettre en cause une maladie reconnue par l'OMS ?
- Négation de l'existence d'un lien de causalité entre le trouble bipolaire et le VIH ! 
- Les bipolaires ne sont pas une cible de prévention car il n'y a aucune étude solide montrant leur fragilité dans le Sida !

Et cela malgré une vingtaine d'étude mondiale sur le sujet ! Entre autres :
- Souffrir d'un trouble bipolaire ou de toxicomanie augmente le risque de Sida de même que vivre dans la misère.
- Chez les adolescents bipolaires, il existe une forte interconnexion avec la toxicomanie. Ces 2 pathologies entraînent une prise de risque sexuelle et une contamination au VIH. 47,8% ont une consommation d'alcool et/ou de drogues, 45,7% ont une prise de risque sexuelle.
- 75% des personnes bipolaires et toxicomanes ont des prises de risques sexuelles.
- Sur 2 groupes (un atteint de troubles psychiatriques, l'autre sans pathologie), le groupe avec des troubles est 2 fois plus touchés par le Sida (avec une prévalence chez les schizophrènes et les toxicomanes).
- Il y a 4 fois plus de risques d'avoir le VIH pour la population atteinte de pathologies psychiatriques que pour la population normale.
- Sur 1379 bipolaires, 2,8% ont le VIH (0,32% dans la population générale) et 1,9% une hépatite C. 
- Il y a une forte prévalence de cyclothymique, d'hyperthymique, d'anxieux, d'irritable et de dépressif (tempérament bipolaire) chez les toxicomanes séropositifs.

Le 8 février 2010, ARGOS (association de bipolaires), a demandé :
1- Une information sur les troubles psychiatriques sur les prospectus, les sites internet des associations de lutte contre le Sida.
2- Que les médecins s'occupant du dépistage dans les centres cherchent une pathologie afin d'expliquer (ou non) la prise de risque et d'éviter les suivantes.
3- Un traitement statistique de ces données pour permettre de les comparer aux études internationales. Ce qui apporterait un éclairage sur la prévention et comment l'améliorer.
Aucune réponse à ce jour.

Après 20 ans d'études sur le trouble psychique, de très nombreux auteurs s'accordent pour dire que la toxicomanie et l'alcool seraient des conséquences d'un trouble et non pas des maladies à part !
Ce qui signifie que la prévention et l'aide apportées aux toxicomanes sont inefficaces : en oubliant de prendre en compte un facteur de taille (le trouble psy possible), la réponse apportée, en terme de prévention du Sida, n'est pas la bonne !

Il faut environ 10 ans pour avoir un vrai diagnostique pour les pathologies psychiatriques. Ce qui augmente le risque de contracter le VIH durant ces années de prise de risques.
Si il existait une action préventive, au moment des consultations de dépistage, cela permettrai peut être de nous repérer plus tôt. D'apporter une aide plus efficace et d'éviter les prises de risques supplémentaires. Et que les séronégatifs restent séronégatifs !

Vincent se demande si les associations ne refusent pas l'amalgame (Aides lui en a parlé) maladie psychique et VIH. Et la peur de repartir dans le combat, qui a été le leur durant tant d'années, quand il a fallu lutter contre le "cancer des homosexuels".
Surtout que dans la maladie psy, il y a la notion que le malade a participé (par sa pulsion) a avoir des relations non protégées.
Et pourtant, cela reste un acte involontaire et une injustice, au même titre que les autres. C'est aussi par manque d'information que les personnes se mettent en danger.

J'avoue que lorsque j'ai lu pour la première fois cet article, j'ai été révolté. Incapable de comprendre que les associations ne comprennent pas, ne bougent pas !
Cet amalgame je peux le concevoir, mais quand bien même la lutte sera difficile, on ne peut pas laisser des gens sur le bas côté, sous prétexte qu'ils dérangent. Surtout quand on s'est ce qu'est la discrimination.
Si je parle autant de la bipolarité, c'est que cela touche presque 6% de la population. Ce n'est pas une paille. Ce n'est seulement 3 ou 4 fous du village ! 
Nous sommes nombreux, et nombreux ne sont pas diagnostiqués. Ils mettent leur vie en danger. De différentes façons : la vitesse, l'alcool, la drogue, relations sexuelles non protégées, le jeu, l'achat compulsif ... Tout ça pour s'autodétruire à petit feu. Certains perdent tout : boulot, famille, maison ... 
Et d'autres vont plus vite et se suicident. 

La conclusion de Vincent :
Depuis 25 ans, ces associations de lutte contre le sida ont réussi à briser les amalgames sur le sida, sur l’homosexualité, à déstygmatiser les séropositifs, en éduquant la masse et en responsabilisant l’Etat. Et je pense que pour changer les opinions, Aides et Act Up ont un savoir faire connu et reconnu en communication. Vivement qu’elles se lancent dans l’arène, comme elles le font depuis 25 ans, et qu’elles défendent ces personnes souffrant d’un trouble psy qui attendent leur aide. Vivement qu’elles disent aux citoyens qu’il y a de multiples facteurs expliquant la contamination sida, dont celui de la maladie psy, et qu’aucun de ces facteurs n’est généralisable à tout le monde. Mais au moins chacun est informé. Au moins les malades psy sont protégés. Au moins le « nos » est respecté. Je ne doute pas de l’altruisme de ses associations, puisqu’elles ont un engagement fondamentalement humain. Historiquement, elles sont du côté de tous les malades du sida. Et je pense qu’elles n’ont pas oublié que lutter contre les amalgames, c’est lutter contre des idées et non contre les victimes de ces idées.
Si cette aide n’était pas donnée aux malades psy, cela sous-entendrait que le combat identitaire a pris la place sur le combat contre la maladie et les discriminations. Cela sous-entendrait qu’une fois qu’une victime a été reconnue victime, elle devient sourde aux plaintes des autres personnes qui souffrent comme elle, et en vient à parfois les considérer comme nuisibles à son équilibre.
Je ne veux pas y croire.

Sommes nous condamnés à la double peine ?


2 commentaires:

  1. C'est excellent ce billet et flippant aussi.
    Je m'attèle à la tâche pour en rédiger un (moins technique) sur le Sidaction et je vais encourager tout le monde à te lire.

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    1. Merci.
      Cela faisait longtemps qu'il traînait, mais vu l'actualité, je ne pouvais plus reculer. J'essaierai d'y mettre une suite en demandant à Vincent où ça en est.

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